Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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À Karl Marx, le 6 juin 1853

Friedrich Engels, lettre à Karl Marx, Manchester, le 6 juin 1853. Marx, Engels, Correspondance, tome 3, lettre 178, Éditions sociales, Paris, 1975, p. 382-387.

Mots-clefs : ❦ Orient, absence de propriété foncière ❦ irrigation artificielle, collective, condition de l’agriculture ❦ Indes, destruction de l’agriculture par la colonisation britannique ❦ libre concurrence, échec aux Indes

Die Abwesenheit des Grundeigentums ist in der Tat der Schlüssel zum ganzen Orient. Darin liegt die politische und religiöse Geschichte. Aber woher kommt es, daß die Orientalen nicht zum Grundeigentum kommen, nicht einmal zum feudalen ? Ich glaube, es liegt hauptsächlich im Klima, verbunden mit den Bodenverhältnissen, speziell mit den großen Wüstenstrichen, die sich von der Sahara quer durch Arabien, Persien, Indien und die Tatarei bis ans höchste asiatische Hochland durchziehn. Die künstliche Bewässerung ist hier erste Bedingung des Ackerbaus, und diese ist Sache entweder der Kommunen, Provinzen oder der Zentralregierung. Die Regierung im Orient hatte immer auch nur drei Departements : Finanzen (Plünderung des Inlands), Krieg (Plünderung des Inlands und des Auslands) und travaux publics, Sorge für die Reproduktion. Die britische Regierung in Indien hat Nr. 1 und 2 etwas philiströser geregelt und Nr. 3 ganz beseite geworfen, und der indische Ackerbau geht zugrunde. Die freie Konkurrenz blamiert sich dort vollständig. Diese künstliche Fruchtbarmachung des Bodens, die sofort aufhörte, wenn die Wasserleitungen in Verfall kamen, erklärt die sonst kuriose Tatsache, daß jetzt ganze Striche wüst und öde sind, die früher brillant bebaut waren (…) ; sie erklärt die Tatsache, daß ein einziger Verwüstungskrieg ein Land für Jahrhunderte entvölkern und seiner ganzen Zivilisation entkleiden konnte.

L’absence de propriété foncière est en effet la clef de tout l’Orient. C’est là-dessus que repose l’histoire politique et religieuse. Mais d’où vient que les Orientaux n’arrivent pas à la propriété foncière, même pas sous forme féodale ? Je crois que cela tient principalement au climat, allié aux conditions du sol, surtout aux grandes étendues désertiques qui vont du Sahara, à travers l’Arabie, la Perse, l’Inde et la Tatarie, jusqu’aux hauts plateaux asiatiques. L’irrigation artificielle est ici la condition première de l’agriculture ; or, celle-ci est l’affaire, ou bien des communes, des provinces, ou bien du gouvernement central. En Orient, le gouvernement n’avait jamais que trois départements ministériels : les finances (pillage du pays), la guerre (pillage du pays et de l’étranger) et les travaux publics, pour veiller à la reproduction. Aux Indes, le gouvernement britannique a réglé les numéros 1 et 2 de manière assez philistine et jeté complètement par-dessus bord le numéro 3 — et l’agriculture indienne va à sa perte. La libre concurrence subit là-bas un échec complet. Cette fertilisation artificielle du sol, qui cessa dès que les conduites d’eau se détériorèrent, explique le fait, autrement bien étrange, que de vastes zones soient aujourd’hui désertes et incultes, qui autrefois étaient magnifiquement cultivées (…) ; ceci explique également qu’une seule guerre dévastatrice ait pu dépeupler un pays pour des siècles et le dépouiller de toute sa civilisation.

The absence of landed property is indeed the key to the whole of the East. Therein lies its political and religious history. But how to explain the fact that orientals never reached the stage of landed property, not even the feudal kind ? This is, I think, largely due to the climate, combined with the nature of the land, more especially the great stretches of desert extending from the Sahara right across Arabia, Persia, India and Tartary to the highest of the Asiatic uplands. Here artificial irrigation is the first prerequisite for agriculture, and this is the responsibility either of the communes, the provinces or the central government. In the East, the government has always consisted of 3 departments only : Finance (pillage at home), War (pillage at home and abroad), and travaux publics, provision for reproduction. The British government in India has put a somewhat narrower interpretation on nos. 1 and 2 while completely neglecting no. 3, so that Indian agriculture is going to wrack and ruin. Free competition is proving an absolute fiasco there. The fact that the land was made fertile by artificial means and immediately ceased to be so when the conduits fell into disrepair, explains the otherwise curious circumstance that vast expanses are now and wastes which once were magnificently cultivated (…) ; it explains the fact that one single war of devastation could depopulate and entirely strip a country of its civilisation for centuries to come.

MEW 28, p. 259. P. 384-385. MECW Volume 39, p. 335+.
Dominique Meeùs . Date: 1999-2018