Dominique Meeùs
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Un peu de code typographique
et de règles de ponctuation.
Quelques considérations de mise en page

Attention, pensez à cliquer sur les liens des exemples dans les tableaux Bons exemples/Mauvais exemples ci-dessous. Ces liens ne renvoient pas, comme vous pourriez le croire, à une bibliographie, mais à des images des exemples cités.

Accents sur les capitales
Apostrophes
Appels de note
Espaces entre les mots, insécables, fins de ligne
Espaces (insécables) et ponctuations
Notes de bas de page
Ordinaux
Séparateur de miliers dans les nombres
Siècles
Tirets et traits d’union

Liens

[En construction]

Il n’y a pas d’autorité supérieure de l’édition en français ni de texte normatif d’une autorité absolue. Grevisse donne certaines indications mais, orienté langue plutôt que typographie, il est incomplet pour ce qui nous intéresse ici. On considère généralement que les règles de l’Imprimerie nationale française donnent le ton. Ces règles se trouvent dans des publications qui ne sont pas gratuites. Beaucoup de sites, comme moi, s’y réfèrent. La règle, c’est l’usage, mais, de même que pour la langue Grevisse et les dictionnaires ne citent que de « bons » auteurs, il vaut mieux définir l’usage typographique en français par des exemples tirés des grands éditeurs parisiens. J’essaie donc ici de m’appuyer sur des exemples du bon usage autant que sur des arguments d’autorité [en construction].

La concurrence, où certains veulent voir un facteur de progrès, entraîne surtout la compression des coûts et les petits éditeurs ont encore moins que les grands les moyens d’un travail d’édition sérieux sur les manuscrits. Comme entre-temps les moyens informatiques se perfectionnent, on a tendance à trop se reposer sur les auteurs.

Accents sur les capitales

Pour Grevisse, et chez les bons éditeurs, les capitales sont accentuées. Certains excluent de cette règle la majuscule (capitale initiale). Ils ont tort. On écrit: « À (accent grave) propos de l’Égypte (accent aigü) ».

Cette règle, ou cette norme, est contestée en France où certains instituteurs ont cru devoir enseigner que les majuscules ne prennent pas l’accent (plutôt que de dire qu’ils toléraient son absence). On remarquera que le clavier français pour PC offre moins de facilités d’accentuation que le clavier belge. Les éditeurs sont hésitants. Nombreux sont les ouvrages dont les majuscules sont accentuées. Certains accentuent dans les mots composés en capitales (comme dans les titres courants) mais pas les majuscules. Certains accentuent la majuscule d’un mot mais pas d’une phrase. C’est ainsi qu’on trouvera dans un même volume de Gallimard le mot « État » dans une phrase avec l’accent, mais sans accent une phrase commençant par « A propos » !

On trouve cependant de nombreuses éditions où toutes les capitales, majuscules ou non, de mot ou de phrase, sont accentuées et il y a assez d’arguments d’autorité ou de logique pour maintenir la norme. (Voir liens au bas de cette page.)

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(

Apostrophes

Les signes ' et " de nos claviers sont absolument étrangers à la typographie. Ils constituent un compromis hérité de la machine à écrire entre le signe prime des mathématiciens et l’apostrophe, ou entre le signe seconde des mathématiciens et les guillemets anglais doubles. Ils sont abondamment utilisés dans le code des langages de programmation, dans les commandes directes des systèmes d’exploitation d’ordinateur et dans le code html, mais ils n’ont aucune place dans un texte. L’apostrophe est une sorte de virgule, généralement arrondie, au minimum inclinée, en position haute :
l’apostrophe.

Le problème est qu’écrivant avec un ordinateur, on obtient plus facilement ces signes de machine à écrire que l’apostrophe. Dans les traitements de texte évolués, pour autant qu’on ait pensé à le demander dans l’une ou l’autre option, on peut avoir une correction automatique de ces signes en signes typographiques. Le problème est que tout le monde ne l’a pas demandé, ne sait d’ailleurs pas comment on le demande. Quand bien même on écrit avec de vraies apostrophes, on peut copier et coller un texte d’une autre origine qui ne les utilise pas. Des logiciels de reconnaissance de caractères (OCR en anglais) ne font pas la correction. Bref, les manuscrits sont souvent affectés (infestés) de fausses apostrophes et celles-ci échappent parfois aux contrôles de la chaîne de production du livre ; on peut même voir un mélange de vraies et de fausses apostrophes sur deux lignes !

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(

Appels de note

En français, l’appel de note se met avant toute ponctuation. (En anglais, c’est plutôt après toute ponctuation, donc carrément en dehors de la phrase — sauf si la note ne porte que sur un mot à l’intérieur.) Idéalement, on le compose avec un peu d’espace (insécable) avant, mais ce n’est pas facile à réaliser automatiquement en traitement de texte.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Espaces entre les mots, insécables, fins de ligne

(Le mot « espace » plutôt féminin à l’origine, est devenu masculin, mais l’espace des typographes est un autre mot, issu du premier et resté féminin.)

Les mots sont séparés par une espace. Cela paraît une évidence, mais apparemment pas pour tout le monde et pas dans tous les cas. On voit souvent la faute de ne pas mettre d’espace entre un nombre en chiffres et une unité. Si « dix kilos » est deux mots, « 10 kg » aussi (avec espace). Si « huit heures trente » est trois mots, « 8h30 » est une faute de français (ce serait une faute dans toutes les langues ou presque), il faut « 8 h 30 ». Si vous vous référez à la troisième page dans une référence en abrégé, c’est « p. 3 » et non « p.3 ». De même pour « no 1 », « t. 1 », « vol. 1 ». On écrit de même « 21 % » avec espace. Et une température de 21 °C. Exception pour l’angle. Dans tous ces exemples avec symboles ou abréviations, l’espace doit en outre être insécable.

« La nature est bien étrange : un angle est déjà droit à 90° (sans espace), tandis que l’eau ne boût qu’à 100 °C (avec espace) ! »

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(

Noter que l’abréviation p. de page est marquée par un point mais que les unités consacrées comme m, h, kg... s’écrivent sans point. (Ce ne sont plus des abréviations, mais des symboles conventionnels.) Noter que 21 °C et 90° s’écrivent avec un signe de degré tandis que no est l’abréviation de numéro, réduite à la première et à la dernière lettre, avec le o final en exposant ; même en exposant, cela reste une lettre o, pas un signe de degré. Je dois avouer avoir écrit plus souvent n° que no dans ma vie. Disons qu’on peut tolérer n° en traitement de texte pour un usage informel mais qu’il faudrait no pour une édition de qualité (donc alors si possible aussi dès le manuscrit). De même dans les dimensions d’ouvrages in 4o, in 8o et cetera (selon le pliage du papier), c’est un petit o.

Il y a des mots qu’on ne veut pas voir séparés par un passage à la ligne. (Pas seulement des symboles ou des ponctuations.) Il y a de nombreuses pages de recommandations que je ne vais pas recopier ici. Une des bonnes pages est celle de Druide (voir les références en bas de page). J’ai tendance à y ajouter des cas comme « de 2016 » ou « en 2016 », en tout cas en fin d’alinéa, mais aussi devant une ponctuation (donc en fin d’une phrase ou sous-phrase). Au contraire, il faut déroger aux règles dans les expressions trop longues, qui provoqueraient des lignes trop courtes ou des justifications trop difficiles.

Espaces (insécables) et ponctuations

Il faut une espace derrière toutes les ponctuations.

Il ne faut pas d’espace devant les ponctuations simples : virgule, point, points de suspension.

Il faut une espace devant les quatre ponctuations formées de deux signes en hauteur, l’un au-dessus de l’autre : deux-points, point-virgule, point d’interrogation, point d’exclamation. (Devant les deux-points, cette espace est généralement complète ; devant les autres, on pourrait utiliser une demi-espace ou une espace fine si on en a les moyens). Pour éviter un passage intempestif à la ligne, cette espace doit être insécable.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Il faut une espace du côté intérieur des guillemets français. Il n’en faut pas dans les parenthèses et les crochets.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

L’apostrophe n’est pas suivie d’espace. Cependant on en met un peu (insécable) après l’apostrophe qui précède immédiatement des guillemets pour faire l’équilibre avec l’espace qui suit le guillemet ouvrant.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Il se peut que certains programmes de mise en page attachent ces espaces aux caractères de ponctuation eux-mêmes (paramètrent l’espace avant ces signes) et qu’il ne faille alors pas les inclure comme caractères séparés (insécables ou non) dans le manuscrit en traitement de texte. Il faut donc considérer l’ensemble de la chaîne de production.

Notes de bas de page

Dans les éditions de qualité, les notes de bas de page sont composées simplement comme des alinéas ordinaires avec retrait de première ligne (et souvent le même retrait que dans le texte principal), généralement en corps plus petit. Le numéro de la note est traité comme premier mot du texte, dans cet alignement et est suivi d’une espace de largeur fixe raisonnable. (Il en est de même dans l’édition en néerlandais ou en anglais.) On notera à l’appui de cette solution, outre la tradition, que c’est la plus satisfaisante dans le cas où la note comprendrait plusieurs alinéas. Toutes les compositions en retrait, avec numéro hors alignement, et cetera, sont des fantaisies introduites par les traitements de texte et qui contaminent l’édition ; on peut les retrouver chez des éditeurs pauvres, mais ça n’a rien à voir avec le métier. Exemples :

Ordinaux

Si on les écrit en chiffres, les adjectifs ordinaux se terminent par un e en position supérieure, comme dans 21e siècle. Pour premier et première, c’est 1er et 1re. On ajoute la marque du pluriel. On voit souvent des 1ières, 21ème et cetera. Ce sont des fautes. La faute est tellement répandue qu’un jour ce sera peut-être considéré comme l’usage normal. En attendant cela reste une faute de français.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Séparateur de milliers dans les nombres

Le point est utilisé comme séparateur de la partie décimale en anglais et peut-être dans d’autres langues, là où nous mettons la virgule. D’où la recommandation de ne pas l’utiliser ailleurs, en particulier de ne pas l’utiliser comme séparateur de milliers — et de ne pas utiliser la virgule comme séparateur de milliers non plus en anglais, mais bien l’espace dans toutes les langues. Bien sûr une langue est un usage et pas nécessairement logique, mais cette recommandation de bon sens a été reprise dans la norme ISO 31-0 en 2003, puis dans la norme ISO 80000 en 2009. Ce sont des normes portant sur l’écriture scientifique, mais elles sont reprises par l’Union européenne et divers pays pour l’écriture en général. Je m'occupe ici du français, mais il s'agit de normes internationales ; cela vaut donc pour toutes les langues.

Il n'est bien sûr pas courant de trouver de grands nombres en chiffres dans les éditions littéraires.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Siècles

Classiquement, on écrit XXIe siècle. Je me demande si ce n’est pas un peu obsolète, moins lisible, donc inamical vis-à-vis des lecteurs et même snob vis-à-vis de ceux qui ont moins l’habitude des chiffres romains. Je trouve qu’au 21e siècle, on ferait mieux d’écrire 21e siècle et de même pour les siècles précédents.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Tirets et traits d’union

Un trait d’union joint deux parties d’un mot ou deux mots faisant composé. C’est un signe court qui se compose sans espace. Un tiret ponctue une phrase. C’est un signe beaucoup plus long qu’un trait d’union et il est isolé entre des espaces (le plus souvent, en français ; parfois aussi sans aucune espace, comme c’est plus souvent le cas en anglais). On utilise en principe le tiret quadratin — de belle longueur — mais certains – par timidité ? (ou parce qu'il laissent Bill Gates décider pour eux ?) – utilisent le demi-quadratin.

On voit assez souvent en traitement de texte les auteurs mettre des traits d’union au lieu de tirets (peut-être parce qu’ils ne savent pas comment obtenir un tiret). Dans les éditions de pauvre qualité, l’erreur passe du manuscrit à l’imprimé.

Par contre, j’ai vu aussi l’erreur opposée : des auteurs, comme gênés de mettre un trait d’union, le composer avec des espaces comme un tiret. On ne peut pas écrire « un match France - Angleterre » ni « France — Angleterre », mais bien « France-Angleterre », même si le correcteur d’orthographe de votre programme dit ne pas connaître le mot France-Angleterre.

Bons exemples :-) Mauvais exemples :-(
 

Liens

Europe — Code de rédaction interinstitutionnel, Abréviations et symboles
Europe — Code de rédaction interinstitutionnel, Sigles et acronymes
Druide, « Pour des espaces insécables impeccables »
Synapse Développement — Cordial — Typographie
Langue-fr.net — Accentuation des capitales
Jean-Pierre Lacroux — Typographie, quelques réponses
Jean-Pierre Lacroux — Bibliographie orthotypographique
Jacques Poitou (U. Lyon 2) — Typographie
[uZine 3] — Petit guide typographique à l’usage de l’internet
César Alexanian — « De l’apostrophe et de la typographie », ou comment faire de belles compositions sur l’Internet
Univ. Laval — Règles typographiques utilisées dans le site
Univ. Compiègne — Unités et symboles : La typographie (normes ISO 31 et autres)
Jean-François Billaud — Règles de ponctuation et de typographie
Hapax — Unicode et ISO 10646 en français
DSI Univ. Paris 5 — Typographie française
Académie de Besançon — Les règles typographiques
Thibaut Bernard — Typographie

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