Dominique Meeùs
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Domenico Losurdo, La lutte des classes, 2016

Domenico Losurdo, La lutte des classes : Une histoire politique et philosophique, Delga, Paris, 2016, 407 pages, ISBN : 978-2-37607-105-1.
Traduit de La lotta di classe, 2013, par Jean-Michel Buée.
À propos de ce livre : Le retour de la lutte de classe, 21 mars 2013. Entretien avec Domenico Losurdo par Paolo Ercolani (Critica liberale), traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio. Texte italien disponible sur le blog de l’auteur domenicolosurdo.blogspot.fr et sur www.criticaliberale.it/news/105155. En live : La lutte des classes, par Domenico Losurdo, le 3 décembre 2016 sur Vimeo.

Losurdo introduit des considérations de genus et de species, que je trouve peu convaincantes.

En Irlande, il n’y a pas de « question sociale » en dehors de la « question nationale » ; on voit intervenir en fait une identité entre l’une et l’autre, au moins durant toute une période historique, tant que l’indépendance n’a pas été acquise. La « question sociale » est ici la catégorie la plus générale, le genre, qui, dans la situation concrète de l’île malheureuse, exploitée et opprimée depuis des siècles par la Grande-Bretagne, se présente sous l’espèce d’une « question nationale ». Pour qui n’aurait pas encore compris, Marx le réaffirme : il ne faut jamais perdre de vue la « signification sociale de la question irlandaise » (MEW, 32 ; 669-70) ; on ne peut comprendre la species en la détachant du genus. On peut développer une argumentation analogue à propos du passage de Travail salarié et capital qui parle de « luttes des classes et de luttes nationales » : la lutte des classes est le genus qui, dans des circonstances déterminées, revêt la forme spécifique d’une « lutte nationale ».

P. 22.

D’abord il glisse du genus question sociale au genus lutte des classes. L’expression question sociale me semble plus large. Ensuite, cela me semble une simplification abusive de considérer la lutte nationale comme une espèce de lutte des classes ; la première oppose des nations, la deuxième des classes. Il est vrai que la lutte nationale oppose des nations elles-mêmes divisées en classes et que dans les rapports entre nations, il y a des rapports entre toutes les classes de l’une et de l’autre, ce qui fait qu’une lutte nationale semble devoir être toujours étroitement liée à des luttes de classes. Il me semble que cette indissociabilité de lutte nationale et de lutte de classes ne fait pas de l’une l’espèce du genre de l’autre. Losurdo dit trouver ça chez Marx, mais il admet (au bas de la page 23) que c’est « seulement par moments » et, même alors, seulement « implicitement ».

Je devrais en dire plus, mais je manque de temps dans l’immédiat. À suivre.

Acheté chez Tropismes à Bruxelles le jeudi 20 avril 2017.
Dominique Meeùs. Date: 2017