Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures, 2010

Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures, Agone, Marseille, 2010, 383 pages, ISBN : 978-2-7489-0132-0.
Traduit de May ’68 and Its Afterlives, 2002, par Anne-Laure Vignaux.
Réédition de Ross 2005.

Kristin Ross insiste sur le caractère politique et ouvrier de Mai 68, que certains acteurs (ou même certains absents que ça ne gène pas de se présenter comme témoins de l’époque) ramènent à une simple remise en cause, à une modernisation de certaines traditions, à une révolte « du plaisir », « de l’imagination ».

Elle fait une grande place à la fascisation du régime comme héritage de la guerre d’Algérie avec sa pratique de la torture (et avec le massacre de travailleurs originaires d’Algérie à Paris le 17 octobre 1961).

Mais en 1968, le mot matraquage était partagé entre ses connotations à venir et son passé colonial : le mot vient en effet de l’arabe algérien « matraq », qui signifie gourdin. En 1968 donc, le même mot pouvait avoir deux sens, le sens figuré et tout nouveau, à l’époque, qu’on vient d’évoquer [comme répétition d’images], mais aussi le sens concret hérité de la violence coloniale. D’un côté, il s’appliquait à la façon dont les médias chantaient ou « matraquaient » les valeurs de l’idéologie dominante (le marché, le profit, l’entreprise) ; de l’autre, il rappelait cette longue histoire nationale d’affrontements sanglants, dans les colonies et en France, qui, dans un passé pas si éloigné, avait précédé les altercations de Mai et, en quelque sorte, préparé le terrain.

Page 56.

Dans l’évolution de Libération, de journal militant à entreprise, on voit en filigrane la situation faite aux femmes.

L’analyse se poursuit avec ce qu’est devenu « Libé » : une entreprise journalistique, une institution culturelle et un instrument idéologique. Alors qu’on devenait jadis journaliste en étant militant, on devenait à présent journaliste par profession. L’obligation de devoir sortir un numéro chaque jour avait contribué à créer une situation dans laquelle les tâches partagées par tous aux premiers temps du journal étaient à présent clairement divisées et assignées : une rupture nette entre le travail d’édition (réalisé pendant la journée, essentiellement par des hommes) et celui de la production (assuré de nuit et presque uniquement par des femmes) s’était recréée, de même que d’autres aspects traditionnels de la division du travail. Une anecdote d’ « en bas », c’est-à-dire de Bénédicte Mei, offre un tableau clair de la situation : « Un jour, nous avons voulu faire paraître dans le journal quatre pages sur la fabrication. […] Ils n’ont pas supporté qu’on raconte simplement comment ça se passe dans le journal. On a failli se battre, certains ont même menacé de quitter le journal si c’était publié. […] Ce qui les faisait chier, c’est qu’était porté sur le journal un regard qu’ils n’avaient pas. Ce n’était pas pour eux une analyse politique du journal 157. »

Pages 204-205.

Elle a un jugement sévère de Kouchner.

Prenons comme exemple « Le procès de Mai », une émission de 1988 animée par un ancien militant de l’URC, cofondateur de Médecins sans frontières, personnalité médiatique omniprésente, qui fut plus récemment chef de la mission des Nations unies au Kosovo et actuellement ministre des Affaires étrangères et européennes du gouvernement Sarkozy : Bernard Kouchner 16.

[…] L’audience rassemblée dans le studio est formée d’un groupe de jeunes gens élevé au rang de « jury » : ce sont eux, la génération de 1988 apparemment, qui seront appelés à juger celle de 1968, personnifiée par Kouchner dans la posture à présent familière de l’autocritique, jouant à la fois le plaignant et l’accusé dans le procès de son passé et de celui d’innombrables autres qu’il est supposé incarner. […]

Pages 226-227.
Acheté au shop du PTB, alors en déstockage avant travaux, le samedi 4 juin 2011.
Notes
157.
Pierre Saint-Germain, « Libération mon amour », Révoltes logiques, 1978, no spécial « Les lauriers de Mai », p. 61.
16.
« Le procès de Mai », animé par Bernard Kouchner, prod. Roland Portiche et Henri Weber, présenté sur la première chaîne française le 22 mai 1988.