Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Vincent Fleury, Les tourbillons de la vie, 2017

Vincent Fleury , Les tourbillons de la vie : Une simple histoire de nos origines, Librairie Arthème Fayard , Paris, 2017, 326 pages, ISBN : 978-2-213-70184-4.

Quand un ovule se divise, il ne peut compter que sur lui-même. Il se divise donc dans un premier temps en cellules de plus en plus petites. Cet amas de cellules forme un disque, avec des cellules plus petites au centre et moins sur les bords. On est donc en présence d’une sorte de fluide. Différents mouvements de ce fluide le conduisent à former un tube, à se retourner sur lui-même… toutes choses qui expliquent les débuts de la formation du corps et qui relèvent autant et même plus de la physique de ce genre de fluides que de la biologie.

Tout cela est tout à fait passionnant et mon introduction ci-dessus tout à fait déficiente. Il faut donc lire le livre ou d’autres sources sur le domaine.

Ce qui est un peu pénible, c’est que tantôt Fleury affirme que ce qu’il expose est tout à fait mainstream, incontestable et incontesté, admis de tous les spécialistes du domaine ; tantôt il clame qu’il est incompris et injustement critiqué. Il compense ce malaise en attaquant tout le monde, tous ceux qui travaillent sur autre chose ou dans un autre esprit que lui, à savoir les biologistes — qui ont le tort de donner une importance exagérée aux gènes — et les évolutionnistes darwiniens — qui ont le tort de prétendre que le développement se fait au hasard. Ainsi Fleury caricature et la génétique, et le darwinisme, ainsi d’ailleurs que son propre domaine. Il n’est alors pas étonnant qu’il connaisse des conflits.

Selon lui, il n’y a pas dans l’ADN de plan de l’organisme. D’accord, mais tous les généticiens savent qu’un livre de recettes de protéines — avec certains mécanismes pour lire telle ou telle recette dans telle ou telle circonstance — n’est pas un plan de l’organisme. Ce « plan » n’existe que chez les journalistes qui résument la génétique ou dans des formulations lapidaires de certains biologistes.

Selon lui, ses travaux montrent que l’organisme se développe selon des déterminismes physiques et pas au hasard. Mais Darwin a bien expliqué et les darwiniens l’ont bien sûr lu : « hasard » veut dire que la variabilité est prise comme un donné que Darwin n’a pas les moyens d’expliquer, qui n’est pas son domaine. L’important est que la sélection intervient a posteriori : les variétés qui survivent mieux jusqu’à l’âge de la reproduction et qui se reproduisent plus auront l’avantage sur d’autres. La sélection n’a pas un effet causal à rebours du temps sur les variations sur laquelle elle s’exerce. Ces variations ont bien sûr une cause, mais une cause à laquelle la sélection, postérieure, est étrangère. Du point de vue de la sélection, cette variation, bien que répondant bien sûr à certains déterminismes, dit Darwin, peut être considérée comme hasard.

(On ne peut pas se prendre une tuile sur la tête par hasard. On est sorti pour une certaine raison et la tuile ne s’est pas soulevée toute seule ; il a fallu qu’elle soit mal mise et qu’un vent déterminé l’emporte. Hasard ici veut dire qu’il y a peu de lien entre les raisons que l’on avait de sortir et les causes de la chute de la tuile.)

Ainsi le fluide constitué des cellules en division obéit à des lois physiques. Cependant ces cellules sont plus complexes que les molécules des fluides habituels. Elles ont des membranes, parfois des cils moteurs, des moyens de s’accrocher plus ou moins, qui jouent un rôle dans le fluide. Ainsi, parce qu’elles synthétisent des protéines spécifiques de leur patrimoine génétique, les cellules vont avoir elles-mêmes une action dans les mouvements qui les emportent, avec pour résultat que l’ovule d’une femme donnera un petit bébé et pas un poulet. (Sans compter que des organismes ont un squelette interne et d’autres une carapace servant de squelette externe, que certains insectes ont plus que nos quatre pattes, etc.) Ainsi il y a un développement fondamentalement physique dans lequel s’inscrivent des différences spécifiques génétiques. Je ne vois là aucun conflit entre la mécanique des fluides de Fleury et la génétique.

Je ne vais pas poursuivre mes considérations d’amateur dans mon vocabulaire approximatif. Dire cela mieux me demanderait trop de travail. Des professionnels ont sans doute tenté cette synthèse entre les approches physique, biologique, génétique et darwinienne.