Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Moses I. Finley, L’économie antique, date

Moses I. Finley, L’économie antique, Les Éditions de Minuit, Paris, 1975, 242 pages, ISBN : 2-7073-0057-8.
Traduit par Max Peter Higgs de The Ancient Economy, 7973.

Curieux livre passionnant, mais véritable cochonnerie comme édition (surprenant d’un grand éditeur parisien) : assez bien de fautes de frappe ou d’orthographe, mots manquants, lignes manquantes ou déplacées à la composition.

Curieux livre passionnant, mais déroutant. Finley est un auteur critique et très fin. Dans ce foisonnement de critiques sur tout ce que l’économie antique n’est pas, on a un peu de mal a se faire en fin de compte une idée de ce qu’elle était. (Mais peut-être est-ce moi qui l’ai lu fatigué ou distrait.)

Un maître peut donner un peculium, affaire ou propriété, à un esclave qui la fera fructifier. (P. 79.) Cela me fait penser aux paraboles des mines ou des talents dans les évangiles. On en donne (Wikipédia) des interprétations éthiques chrétiennes que je ne comprends pas. Il serait intéressant d’en étudier le contexte économique. Y aurait-il un lien ou une parenté avec le peculium romain ?

On a tendance, dans une conception schématique du matérialisme historique, à réduire toute l’économie de la préhistoire et de l’histoire ancienne. Je lis donc avec intérêt que

Même si notre vision concrète de la situation est très limitée, nous pouvons être sûrs que, dans les périodes archaïques de l’histoire tant grecque que romaine, l’esclavage représentait une quantité négligeable, alors que les rapports de clientèle, l’asservissement pour dettes et autres constituaient les formes les plus répandues du travail dépendant. De plus, Sparte n’occupait en rien une place unique à cet égard à l’époque classique : une situation très comparable à celle des hilotes se retrouve en Crète et en Thessalie, en Sicile grecque pour un temps, et sur une grande échelle et pendant de nombreux siècles dans les colonies grecques du bassin du Danube et sur les rivages des Dardanelles et de la mer Noire, ce qui l’un dans l’autre constituait, numériquement parlant, une part très importante de l’Hellade.

P. 87.

En Grèce, les affranchis ne devenaient pas citoyens. Ils se fondent donc dans les métèques. (P. 101.)

Néanmoins, l’impression est fermement établie qu’aux IVe et Ve siècles de notre ère, l’esclavage au sens strict avait perdu sa position dominante, même dans l’ancien centre du monde classique, dans l’activité productive urbaine, au profit de la main-d’œuvre libre (indépendante, dans la plupart des cas), et à la campagne au profit de tenanciers attachés à la terre connus sous le nom de coloni. Que s’était-il passé, et pourquoi ?

[…]

Si l’explication de leur comportement [les employeurs de main-d’œuvre de la fin de l’Empire] ne peut être trouvée dans le tarissement de l’approvisionnement en esclaves ou dans des décisions relatives à l’efficacité, à la productivité et à d’autres considérations de cet ordre, alors elle doit résider dans une transformation de structure de la société dans son ensemble. La clef du problème n’est pas du côté des esclaves mais des pauvres libres, et je crois que l’on peut en cerner les éléments. Le point de départ est la tendance, visible dès le début du gouvernement monarchique à Rome, en d’autres termes à partir d’Auguste, à un retour à une structure plus « archaïque », où les ordres reprirent leur signification fonctionnelle, où un spectre de statuts plus étendu remplaça progressivement la répartition classique qui divisait la main-d’œuvre en deux grands groupes, hommes libres et esclaves. Il y eut, dans les faits, un renversement de la démarche qui avait transformé le monde archaïque pour en faire le monde classique ; le remplacement de la cité-État comme forme de gouvernement, avec son intense activité politique, par une monarchie autoritaire et bureaucratique, n’y contribua pas peu ; en même temps que la majorité des citoyens perdaient leur rôle dans le choix des officiels et leur place dans l’armée, qui devenait une armée de métier composée de recrues de certaines provinces « arriérées », leur importance diminuait aussi dans d’autres domaines.

Ce changement est symbolisé par l’apparition des deux catégories de la population connues sous le nom d’honestiores et d’humiliores, que traduisent de façon approximative les termes « classes supérieures » et « classes inférieures »; […]

P. 112 puis 114.

Le passage à la féodalité aurait ainsi un aspect de retour à la situation archaïque.

Le produit de la fiscalité est diminué du coût de la collecte : détournement par un nombre croissant d’intermédiaires qui s’habituent à un niveau de vie croissant. (P. 118-119.)

Les activités militaires sont limitées par le poids des dépenses militaires, donc par les revenus, parmi lesquels les impôts. (P. 119.)

Acheté le samedi 9 novembre 2019 à la librairie Par chemins à Bruxelles et dévoré dans les jours suivants.